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Robert Kurz

Embellie douteuse dans l’automobile

Si la crise de la dette européenne et étasunienne continue allègrement de tout dévaster sur son passage, elle semble pourtant n’avoir que peu de prise sur la conjoncture mondiale. L’industrie allemande d’exportation, en particulier, s’imagine vivre un printemps durable. A commencer par les constructeurs automobiles, qui annoncent sans cesse avoir battu de nouveaux records. Cela montre à quel point la production automobile demeure aujourd’hui pour le capitalisme un secteur clé, lequel nous donne en outre un parfait aperçu de ce vers quoi nous entraîne l’aventure économique. Les optimistes seraient-ils fondés à nous promettre pour les dix ans à venir un interminable essor de l’économie réelle ?

Il vaut la peine d’examiner de près la structure du boom actuel de l’automobile. Il semble, d’une part, que les ventes en Europe poursuivent leur repli. En revanche, on assiste à une véritable explosion des exportations vers les pays émergents, Chine en tête, et vers les USA. S’il s’agissait d’une conjoncture solide à long terme, elle s’appuierait sur l’achat de petits véhicules bas de gamme ou milieu de gamme par la majeure partie de la population, tandis que les onéreux modèles haut de gamme ne dessineraient que le pic d’un graphique à large base. Or, on observe exactement l’inverse. Le carburant du prétendu miracle automobile, ce sont les limousines luxueuses et tape-à-l’œil de chez Daimler, BMW et Audi, ou encore les voitures de sport de chez Porsche.

En Chine comme aux USA, le gouffre entre riches et pauvres ne cesse de s’élargir. C’est un problème social mais également économique : le fait que la consommation massive d’automobiles par les plus bas salaires soit largement absente atteste du caractère fébrile de ce boom des voitures de luxe. Nous avons affaire à un semblant de reprise ne reposant que sur l’emprunt et les bulles financières.

La classe moyenne aisée nouvellement apparue en Chine - et dont l’effectif, étant donné la pure immensité de ce peuple, laisse pantois - ne se fonde sur aucune base solide. Elle est liée à la hausse spéculative dans la construction de logements et de bureaux pour la plupart inoccupés, de stades et autres débauches d’investissement magouillées aux niveaux communal et régional par des cadres de parti corrompus. Elle achète ses produits de luxe à crédit ou grâce à des revenus illicites. La situation est tout à fait similaire aux USA, où les flots de capitaux qu’injectent en permanence le gouvernement et la banque centrale ne profitent qu’à une minorité.

Il n’est nul besoin du prochain krach financier pour comprendre qu’on a trop présumé des capacités des consommateurs mondiaux de véhicules haut de gamme - quand bien même ils seraient citoyens de cette Allemagne que tous célèbrent comme un pays de cocagne : toutes ces belles mécaniques n’ont probablement pas été achetées au comptant mais en leasing. On peut s’en porter acquéreur pour un montant mensuel qui semble à première vue plutôt modeste. Mais, dans la mesure où nombre de ces « acquéreurs » atteignent déjà les limites de leur revenu, les perspectives économiques à long terme s’avèrent bien maigres.

En outre, les prestigieuses grosses cylindrées sont tellement suréquipées qu’elles tombent rapidement en panne. Et là où, pour une petite voiture dépourvue d’électronique, le prix moyen des réparations restait encore relativement abordable, avec les modèles haut de gamme en revanche on ne s’en tire pas à moins de 800 ou 1000 euros. Il n’y a pas qu’en Allemagne que s’entassent chez les concessionnaires et les garagistes des petits bijoux achetés en leasing, dont les présomptueux utilisateurs n’ont plus les moyens de payer la réparation (ou la prochaine traite). Ce simple indice nous révèle que le boom des voitures de luxe pourrait bien être aussi bidon que celui de l’immobilier.

Paru dans Neues Deutschland du 4 juin 2012
http://www.neues-deutschland.de/artikel/228589.faule-autokonjunktur.html
http://www.exit-online.org/textanz1.php?tabelle=aktuelles&index=1&posnr=560
Traduction de l’allemand : Sînziana




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